La présence d’ éleveurs nomades Mbororo dans les Uélés, une menace pour l’environnement (Eglise catholique)

L’importante présence des éleveurs nomades Mbororo dans le nord-est de la république démocratique du Congo représente une menace pour l’environnement et pour la sécurité de la République démocratique du Congo, a estimé Mgr Étienne UNG’EYOWUN, évêque de Bondo dans la province de Bas-Uélé.
Les Mbororo sont des éleveurs nomades, venus du  pays de Sahel, au nord de la RDC et qui y sont entrés à partir de 2005.

Mgr Etienne UNG’EYOWUN, évêque de Bondo/ Photo Cern-Cenco, mars 2019.

« Leur nombre ne fait qu’augmenter. Je les ai vu lors de mes tournées pastorales, ils sont là, avec leur bêtes. Et la population témoigne de leur présence dans la brousse, en disant qu’ils sont suffisamment nombreux avec leurs bétails sur le territoire congolais », a déclaré Mgr Etienne lors d’un entretien à la Commission épiscopale pour les ressources naturelles (Cern-Cenco) dimanche 4 mars à Kinshasa.
Estimé à des milliers de personnes, selon le prélat, les Mbororo tiennent au moins « 15.000 têtes de bétails » sur le territoire congolais.
Parfois le centre de Bondo, siège de mon diocèse, « est envahi par des milliers de vaches » et une fois, ce sont « 1.500 vaches qui sont passées par l’évêché » ou encore « 2.000 taureaux », a-t-il expliqué.
Sur la route de Bondo à Kisangani, on rencontre des Mbororo qui amènent les troupeaux de vaches vers Kisangani (province de la Tshopo, nord-est de Kinshasa) et vers Bumba (province de la Mongala en Equateur, nord-ouest). Ces vaches viennent de très loin, en dehors du territoire national, puis on les traverse petit à petit au vu et au su de tout le monde pour un commerce florissant,a-t-il estimé.
Cependant, les relations entre les Mbororo et la population locale congolaise – constituée essentiellement de cultivateurs – sont tendues d’après des témoignages.
Depuis l’arrivée de ces éleveurs nomades étrangers, les champs sont livrés aux vaches. Cette situation a donné lieu à un « conflit très ouverts entre les autochtones et les éleveurs », selon Mgr Étienne.
En février 2018, un conflit entre population locale (congolaise) et éleveurs étrangers avait tourné à un affrontement qui a fait quatre morts, dans la région de Buta où le tribunal avait jugé et condamné des Mbororo à des lourdes peines.
Malgré tout, le rapport de force tourne largement en faveur des éleveurs Mbororo.
« L’éleveur à plus de capacité financière par rapport à un cultivateur, et dans ce rapport de force, on risque de provoquer la migration de la population » qui ne sait plus cultiver, vers d’autres contrées pour « laisser leur territoire aux Mbororo », a prévenu Mgr Etienne UNG’EYOWUN.

– « Réfugiés climatiques » –

La présence des Mbororo et leur bétail a également un impact négatif sur l’environnement. Avec les passages d’un nombre impressionnant de troupeaux de vaches qui broutent tout, « la végétation est anéantie, tout est détruit : les herbes, les arbres, les abeilles qui produisent le miel », détaille Mgr Etienne UNG’EYOWUN.
Les Mbororo sont arrivés en RDC à la recherche de pâturage dans une région de la savane et à une hydrographie abondante qui favorisent l’élevage, alors qu’ils viennent d’une zone désertique.
« On peut les considérer comme des réfugiés climatiques parce qu’ils viennent chercher des bonnes conditions pour leur élevage ici chez nous au Congo. Mais partout au monde, les réfugiés sont recensés, cantonnés, et ont un statut. Pourquoi on ne le ferait pas chez nous? », s’est interrogé le prélat.
Pour lui, l’implication de l’Etat et de la communauté internationale sont nécessaires pour y mettre de l’ordre.
Accueillis par certains chefs coutumiers locaux, certains éleveurs commencent à s’installer dans des villages, contractant des liens matrimoniaux, selon des témoignages. Mais, la grande majorité vit en brousse. Comme tel, ils ne sont ni enregistrés, ni recensés par les autorités congolaises, en dehors des identifications liées à l’imposition des taxes sur ces éleveurs.
Selon le témoignage d’un chef du village qui compte 400 personnes, « les Mbororo sont au-delà de 1.000 et les vaches au-delà de 10.000 », a indiqué le prélat catholique.

– Complicité avec la LRA –

Dans les Uélés, les populations sont également confrontées à une autre menace liée à la présence des rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA, considérés comme terroristes par les États-Unis). Certains Mbororo sont accusés d’avoir des armes et être en « complicité » avec les LRA.
Selon Mgr Etienne, « les Mbororo fraient le chemin, et les LRA viennent terroriser la population ». Ils sont en brousse et ils veulent survivre au dos de la population et ça devient dramatique.
Il y a des coins où la population a abandonné ses terre

s à cause de la présence indésirée des Mbororo et des LRA, a-t-il affirmé.
Si ces éleveurs restent chez nous (en RDC) en raison de l’évolution du désert, il revient aux autorités de « les cantonner, les recenser, les encadrer » afin que l’État congolais puisse savoir qui est entré sur son territoire.
Si rien n’est fait, la présence des Mbororo sur le territoire de la RDC « risque de devenir une situation dramatique dont on ne parle pas », a prévenu le prélat.

ENCADRE
Le diocèse de Bondo est situé dans la province de Bas-Uélé. Il compte environ 500.000 habitants et est dirigé par Mgr Etienne UNG’EYOWUN depuis 2008.
L’entrée des Mbororo en RDC a été facilitée par les différentes rebellions durant les deux dernières décennies.
Déjà du temps de maréchal Mobutu Sese Seko (1965-1997), les Mbororo ont tenté à plusieurs reprises d’entrer au Zaïre (actuel RDC) mais ils étaient à chaque fois repoussés par l’armée zaïroise.
Avec l’occupation des territoires par des différents groupes rebelles, ils ont réussi à s’installer et pour sortir, ça devient un peu plus compliqué.
Pendant ce temps, les populations congolaises laissent leurs villages pour migrer vers les grands centres urbains tel que : Ango, Bondo, Monga.

Cern

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